Vers une proposition politique, une approche critique de la question urbaine.

Depuis des années l’organisation territoriale fait l’objet de nombreux débats et critiques. En vrac sans prétention d’exhaustivité et sans classement par ordre d’importance : sous le modèle économique de l’attractivité et la compétitivité des villes, ont été mis en débat les grands projets inutiles, la métropolisation et le rapport au monde, le rapport métropoles/hinterland, la densification, le périurbain, les surfaces commerciales et entrées de ville, les fractures territoriales et inégalités territoriales, la métropole France et ses TGV, les villes moyennes en déprise, l’excès patrimonial, la crise du logement particulièrement dans les métropoles, l’affaiblissement des services publics, les rapports État/collectivités territoriales, la financiarisation de la fabrique des villes, l’espace public…Le tout avec le recours à des catégories: métropoles, agglomérations, villages, villes moyennes, périurbain, ruralité, smartcity, etc…. et cela plus de 25 ans après la proposition de Françoise Choay, « c’est de l’urbain dont nous parlons ». (L’urbanisme, utopies et réalités, Ed Seuil, 1965, 1979)

Ce débat est marqué depuis le début des années 2000 par la thématique du développement durable, et la critique de l’urbanisme productiviste. C’est à partir de 2015 que le changement global _ crise climatique, extinction de la biodiversité _ vient le percuter et oblige des interrogations renouvelées, des remises en cause très profondes. Le mouvement des gilets jaunes a hissé ces questions dans le débat public. Ces débats font émerger des solutions et des pistes qui exaltent le local et la proximité. Pistes qui méritent d’être passées au crible d’une critique dynamique car le repli sur un périmètre est profondément ringard. Quant à la proximité_ sujet complexe mais essentiel_ elle s’exprime surtout dans l’exaltation de la commune alors que 72% d’entre elles ont moins de 1000 habitants ce qui rend très difficile l’exercice de cette proximité.

La crise sanitaire a -t-elle bouleversé nos approches? Comment anticiper d’autres événements majeurs? Quelles leçons en tirer?

La Ville en Commun souhaite contribuer à la réflexion, modestement mais en essayant de repolitiser le débat, car ce qui s’est écrit depuis 3 mois, à la suite du mouvement des Gilets Jaunes, marqué par “la passion française de l’indignation, de la déploration systématique” [Vanier/Martin-Gousset] mérite d’être passé au tamis de nos modestes savoirs et de notre position critique et constructive.

Reprenant en cela Jean-Marc Offner qui cite ces mots d’Hannah Arendt : “la politique, c’est la transformation d’un monde pluriel — celui de l’irréductible diversité humaine — en un monde commun”.

“La France d’après?”
La crise que nous sommes en train de vivre pose différentes questions sur la ville post- Covid, notamment sur les modes de relations sociales, et de manière plus générale sur ce que sera la vie urbaine. Beaucoup pensent que la pandémie va marquer une rupture nette entre tout ce qui s’est passé avant février-mars 2020 et ce qui se passera dans un «après» difficile à déterminer. Il y a pourtant de nombreuses raisons de penser que la discontinuité ne sera pas si radicale, et que l’on ne repartira pas d’une tabula rasa mais au contraire d’un modèle profondément ancré dans l’histoire (et à historiciser) et dans l’espace (et à spatialiser), qui continuera donc à agir dans le futur. Je veux dire par là que les événements passés et leurs effets spatiaux ne seront pas complètement effacés par la pandémie: s’ils seront dans certains cas profondément perturbés, ils risquent d’être accentués dans d’autres.” [Giovanni Semi]

Nous laisserons aux climatologues, écologues, virologues et aux autres experts la lourde tâche de nous dire quelles sont les interactions entre l’homme et son environnement susceptibles d’expliquer la diffusion de la Covid-19.
Dans un premier temps nous voulons simplement identifier quelques question majeures qui se posent dans cette période, avec un objectif: produire une proposition politique visant à animer le débat des prochaines élections régionales en 2021.

Prétention élevée car beaucoup de monde s’intéresse à la question urbaine: l’Etat et ses ministères, les agences d’urbanisme, la caisse des dépôts, les grandes entreprises du BTP , les promoteurs immobiliers , bien sûr les collectivités locales, les chercheurs, les universitaires, le mouvement associatif. Nous essaierons de le faire avec l’approche critique de cette action publique. “L’action publique se trompe de trajectoire. Elle regarde les questions urbaines avec des lunettes obsolètes. Sa vision, inchangée depuis un demi- siècle et celle d’un univers qui n’existe plus ; elle rend inopérante les manières de penser les problèmes de la ville contemporaine et leurs solutions…. Seule l’intelligence territoriale profondément renouvelée, dans ses principes comme dans ses instruments pourrait conduire indispensable aggiornamento qui redonnera aux politiques des marges de manœuvre des capacités d’agir inédite” [Jean-Marc Offner/anachronismes urbains]

La Ville en Commun se propose de contribuer — modestement- au renouveau, qui s’impose, de la pensée urbaine.
Nous nous efforcerons de semer des petits cailloux blancs sur le chemin de la réinvention du “droit à la ville” [Henri Lebfevre, Richard Sennett], en posant comme exigence la nécessité de sortir de la “république du sommeil” [Guido Martinotti/Jean Viard], en bousculant la glorification de la démocratie participative qui fait citoyens les seuls résidents/électeurs.

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